Après des années de sous-valorisation, la filière salades et légumes prêts à l’emploi alerte sur une dégradation sans précédent de ses conditions d’approvisionnement.
Les épisodes de canicule observés depuis le printemps aboutissent à une situation inédite. Les conséquences sont catastrophiques et révélatrices d’une défaillance structurelle due à la persistance, depuis 10 ans, de la sous-valorisation des salades en sachet en magasins et ou en restauration. La filière n’a pas eu les moyens d’amortir l’impact des fluctuations régulières des conditions de production ou d’investir pour en limiter les conséquences.
La canicule vient percuter une situation et un modèle économique qui ne permettent plus d’absorber les chocs.
La contractualisation entre les fabricants et les maraichers est pratiquée depuis plus de 25 ans. Les contrats offrent une visibilité importante aux maraîchers qui emblavent des productions ayant peu de capacité de conservation. Depuis une dizaine d’années, la situation s’est retournée contre les producteurs pour lesquels la volatilité croissante des coûts de production accentue ce déphasage puisque les contrats et les prix sont conclus bien avant les productions maraîchères… Il en résulte une filière sans marge pour encaisser une mauvaise récolte, et sans capacité d’investissement pour s’y préparer.
Alors que la demande estivale des consommateurs est soutenue dans les rayons des enseignes, la succession des épisodes de canicule observés depuis le printemps est venue frapper une chaîne d’approvisionnement déjà privée de toute réserve.
Les conditions climatiques ont rendu les sols très chauds et très secs. La levée des semis en est d’autant plus difficile, conduisant à une forte hétérogénéité qui va parfois jusqu’à la destruction de parcelles. Dans certaines zones, les restrictions d’irrigation compliquent les conditions de production, voire empêchent certains emblavements.
Les conséquences sont historiques :
- 20 à 70 % de pertes de rendement au champ selon les zones et les espèces, probablement près de 40 % en moyenne ;
- à peine 70 % des volumes prévus disponibles pour les ateliers de transformation, un niveau rarement observé sur une période aussi longue ;
- des surfaces que certains producteurs ont renoncé à planter, ce qui prolongera les tensions dans les semaines et les mois à venir.
La crise touche l’ensemble des bassins de production de la campagne estivale (avril à octobre). Toutes les grandes catégories de salades sont affectées aussi : jeunes pousses, mâche et salades entières (laitue, iceberg, feuille de chêne, batavia et chicorées).
Au-delà de la campagne en cours, ce sont les effets structurels qui inquiètent les professionnels. Pertes de récolte, replantations multipliées, surcoûts d’irrigation et baisses de rendement se traduisent par une hausse durable des coûts de production. Cette dégradation fragilise les exploitations maraîchères et risque d’accélérer les cessations d’activité dans certains territoires.
En France, la filière des salades et légumes en sachet représente plus de 3 500 emplois : 1 000 dans le maraîchage et 2 500 dans la préparation, répartis sur 11 ateliers implantés au plus près des champs. Ce maillage, construit sur quarante ans, ne se reconstitue pas.
Les professionnels tirent le signal d’alarme aujourd’hui et en appellent à l’ensemble des acteurs de la distribution (GMS) et de la restauration (RHD), pour construire à la rentrée les conditions de redressement de la filière de ces produits plébiscités depuis plus de 40 ans dans les rayons des enseignes et les cuisines des restaurants.
Loïc Letierce, Président de l’Asso Leg 4G, alerte : « Beaucoup de maraîchers sont en difficulté. Certains pourraient disparaître. Il faut sauver ceux qui peuvent encore l’être. Le seul moyen est de rémunérer correctement leur travail afin qu’ils puissent résister aux aléas inhérents au métier. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas météo liés au changement climatique est un risque que la filière fait assumer au producteur. Ce risque nécessite une rémunération. Il faut voir la réalité en face : la filière est dans un état critique. Une mobilisation d’urgence de tous est nécessaire. »
Pierre Meliet, Président du SVFPE, précise : « Il est impératif que toutes les parties prenantes se réunissent pour prendre de la hauteur et pour redonner les moyens à l’ensemble de la filière d’investir pour son avenir. Chacun doit sortir des enjeux court terme ou des postures habituelles pour construire la pérennité de la filière pour les 10 ans à venir. Beaucoup d’acteurs sont en train de se décourager faute d’assurer a minima et dans la durée leur besoin de fonctionnement et d’investissements face à des aléas devenus récurrents depuis quelques années. »













































